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Booster sa mémoire avec Sébastien Martinez

Booster sa mémoire avec Sébastien Martinez

21/07/2023

Interview de Sébastien Martinez,

Champion de France de mémoire (2015) et vice-champion du monde avec l’équipe de France (2018), Auteur.

Question 1 : Rappelez-nous votre parcours.

Je suis Ingénieur de formation. Mon levier d’apprentissage au début de ma scolarité c’était la compréhension donc tout ce qui est maths et physique étaient facile pour moi. Cependant, les matières qui nécessitaient du par cœur n’étaient pas faites pour moi. Donc en France avec ce profil, j’ai choisi une école d’ingénieur généraliste. Pendant mes études, je voulais partir en Inde mais pour cela il fallait passer un examen d’anglais, le TOIC, que j’ai malheureusement échoué avec 350 points. Après avoir cherché sur internet comment booster sa mémoire, j’ai découvert qu’ils existaient des championnats de la mémoire, j’ai commencé à mettre en pratique les méthodes pour le TOIC, que j’ai finalement validé.

Une fois en Inde, j’ai eu un déclic : en tant qu’humain on a un super pouvoir qui est celui d’apprendre. Lorsque l’on muscle ce pouvoir tout devient possible : réorientation professionnelle, réussir des examens…

Je rentre et je finis mes études et je deviens chargé d’étude en énergie solaire. Au bout de 2 ans, je quitte mon poste car je me rend compte que personne ne transmet les méthodes de la mémoire en France à cette époque et de là débute mon chemin entrepreneuriale. Je commence donc à travailler auprès des étudiants et petit à petit ma cible s’élargit grâce à d’autres demandes auprès de professionnels, de professeurs…

Question 2 : Qu’est-ce qui vous a poussé à passer les championnats du monde ?

Je pensais, à mes débuts, que les compétitions n’étaient pas faites pour moi. Je me rends compte, à force d’enseigner, que le levier qui fait la différence, c’est la pratique. Je commence donc à chercher des gens qui pratiquent vraiment ces méthodes.

J’avais deux raisons pour faire de la compétition:

Inspirer mes élèves : si je me mettais à la compétition cela ne pourrait que les motiver à pratiquer.

Le challenge : aller rencontrer des gens qui étaient meilleurs que moi.

Après 2 défaites, je me suis rendu compte que c’était un réel sport, qui nécessitait de la technique, de l’endurance et des plannings de stratégies. Je suis maintenant triple champion du monde.

Donc non, je n’ai eu aucun dont à la naissance. Quand j’étais jeune, s’il n’y avait pas de levier de compréhension avant d’apprendre quelque chose je n’y arrivais pas.

Question 3 : Est-ce que la mémoire se détériore au fur et à mesure des années si on ne la stimule pas ou reste-elle indemne ?

Le cerveau est un organe qui est de plus en plus performant après utilisation. Donc si vous n’avez aucune pathologie, que vous l’utilisez qu’à hauteur de 5/10è, ça ne veut pas dire qu’il en restera là.  Notre mémoire peut revenir en la travaillant.

Question 4 : Existe-t-il différents types de mémoires ? Longue, courte ….

Il existe des modèles de mémoire que la science met en place. Aujourd’hui, on sait qu’on ne parle pas d’une mais des mémoires. Les modèles qui font l’unanimité sont les mémoires à court terme et long terme.

Passer de la mémoire courte à la mémoire longue est une étape nommée encodage. Voici les 3 étapes :

1. On collecte l’information dans le court terme grâce à l’attention.

2. On active l’encodage, en associant cette information à quelque chose : en créant du lien,

3. On s’entraine en se répétant pour éviter l’étape de l’oubli.

Question 5 : A quel endroit est activée la mémoire sur notre corps et au niveau de notre cerveau ?

Les découvertes pour savoir quelles zones cérébrales sont activées sont récentes. Même si beaucoup de modèles fonctionnent, nous ne savons pas précisément corréler les mémoires avec des zones cérébrales précises. Cependant, nous savons que pour la mémoire à long terme et à court terme, c’est la zone frontale qui est activée. Mais il faut différencier les câblage et la stimulation de la mémoire qui nous sont encore inconnues.

Question 6 : Pouvez-vous nous donner un exercice pour passer de la mémoire du court terme au long terme ?

L’encodage c’est l’étape de faire un lien. Nous pouvons prendre l’exemple des visages et du nom.  Il y a une expérience assez connue qui s’appelle l’expérience du boulanger : Une série d’informations est donnée à plusieurs personnes. Au sein de ces informations, un nom est donné : celui de Monsieur Boulanger.

Une série d’informations est également donnée à un autre groupe de personnes : cette fois ci, l’une des informations est celle d’un Monsieur qui EST Boulanger.

Dans les data retranscrites, le deuxième groupe a mieux identifié l’information. Cela s’explique par notre tendance à “sensorialiser”. La clé est donc d’être capable de transformer une information en quelque chose de sensoriel pour soi.

Une autre manière est de faire exister le mot via l’étymologie des noms. Par exemple, le nom “Fabre” étymologiquement “le forgeron”. Il est donc facile d’associer ce nom avec le bruit du fer.

Ce sont des liens rationnels mais en absence de ces liens un autre type de lien est possible : le lien phonétique. Exemple = Un nom chinois peut être difficile à retenir pour un Français car ce n’est pas sa langue natale : Chi Kin = Chicken.

Question 7 : Les sens stimulent-ils la mémoire ?

Les mémoires visuelles, du touché, … c’est de la vulgarisation. Nous sommes multi-sensoriels (vue, ouïe, touché, odorat…). Par exemples, certaines catégories de personnes autistes ont en commun la synesthésie, ils peuvent tout sensorialiser.

Question 8 : Avez-vous des petits tips au quotidien pour booster notre mémoire ?

Le travail de la mémoire est multi-factoriel car nous devons travailler l’attention, la capacité à faire des liens et l’entrainement pour réactiver la mémoire.

Pour muscler son attention, il faut prendre en compte les deux types de distracteurs possibles : Externe (bruit, quelqu’un qui parle…) et interne (les pensées intrusives) afin de maitriser son environnement.

Donc que faire ? Nous pouvons par exemple choisir de ne pas travailler en open space ;  lorsque quelqu’un nous parle, poser des questions et avoir une posture active sur le moment.

Il faut également avoir un niveau de bien-être interne (méditation, sophrologie, …), une forme physique, et surtout ne pas manquer de sommeil.

Il est important de faire régulièrement des pauses car il n’est pas possible de rester attentif des heures.

Pour créer du lien avec l’information, ils existent deux manières :

– La manière logique (prendre des notes visuelles : tableaux et cartes mentales),

– La manière « loufoque » : Créer des images mentales pour mieux se souvenir. Vous apprenez le nom d’un nouvel arbre en pleine savane à côté d’une girafe, alors associé les 2 : une girafe agrippée à cet arbre. Nous le faisons plus naturellement enfant, cette méthode se re-muscle après 30 ans car la maturité nous fait perdre cette capacité.

Pour entrainer sa mémoire il faut :

– Se poser et réfléchir à tout ce qu’on a fait la journée en détail, et plus nous le faisons, plus des détails apparaissent au fur et à mesure,

Question 9 : Pourquoi faut-il travailler sa mémoire ?

La liste est longue …

– Confiance en soi

– Sérénité

– Gagner du temps

– Impact vie pro et perso : devoirs en moins

– Discours sans note

– Plus à l’écoute des questions et dans l’instant présent

– Crédibilité

– …

A vos mémoires !

Sébastien Martinez

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